
Une mutation en cours
La mécanique automobile d’hier a beaucoup évolué. "La boîte à outils et les mains pleines de cambouis, c’est fini", résume M. Coroller, responsable Transport et Mobilité à l’Ademe. "On est entrés dans l’ère de la mécatronique", poursuit-il. Multiplexage, injection directe, calculateurs électroniques, assistances à la conduite… l’électronique joue un rôle de plus en plus important dans le fonctionnement des véhicules depuis une vingtaine d’années, bouleversant au passage les manières de travailler.
Tous les garages sont aujourd’hui équipés d’outils de diagnostic sophistiqués, et il est devenu de plus en plus difficile de réparer ou d’entretenir sa voiture en dehors d’un réseau spécialisé.
Cette tendance devrait en effet s’amplifier avec l’électrification progressive des véhicules. Si le moteur à explosion va poursuivre son évolution, la mutation du véhicule thermique vers le véhicule électrique - directe ou via des technologies intermédiaires comme l’hybride – semble inéluctable. Dans ces conditions, les activités liées au génie électrique et à l’électronique constituent un axe de développement prioritaire, un enjeu majeur. S’ils veulent conserver leur savoir-faire de motoriste et peser dans l’industrie automobile de demain, les constructeurs vont devoir ajuster leur force de travail et développer de nouvelles compétences.
L’exemple 3EA chez Renault
Chez Renault, qui a misé gros sur le véhicule électrique, une filière existe déjà depuis 10 ans. Baptisée 3EA (3E pour électrique, électronique et électro-technique ; A pour automatique), elle regroupe 2000 personnes du monde de l’ingénierie, de la fabrication, de l’après-vente, etc."Il s’agit d’une structure transversale qui vise à définir une stratégie commune dans tous les domaines 3EA. Elle est donc partagée par tous les secteurs de l’entreprise afin de transversaliser les meilleures pratiques (méthodes et outils) et d’optimiser les parcours de carrière au sein de la filière", explique Pablo Thorner, secrétaire exécutif de cette filière.
Objectif : assurer la cohésion des métiers dans une perspective de croissance de l’électronique et en particulier de production massive de VE. Concrètement, la structure travaille aussi bien sur les systèmes existants (contrôle et mise au point électronique des moteurs thermiques, systèmes électroniques embarqués, aides à la conduite, etc.) que sur les modèles électriques à venir (Fluence ZE, Kangoo ZE, Zoe et Twizy). Véritable colonne vertébrale des projets VE, la filière 3EA s’inscrit dans une démarche globale qui tient compte du véhicule et de son environnement (infrastructure et services associés). Et pour cause, "ce n’est pas la première fois qu’on fait des véhicules électriques mais c’est la première fois qu’un constructeur automobile se lance dans la production de masse de véhicules électriques".
Des métiers en évolution
De la fabrication des batteries à la conception et la production des véhicules en passant par les réseaux de distribution et d’après-vente, la filière automobile est amenée à évoluer pour assurer le développement du véhicule électrique. Certains métiers vont décroître, d’autres évoluer ou se créer. Pour autant, "il ne faut pas s’attendre à une rupture totale", tempère Christian Moulon, expert métiers au GNFA (Groupement National Formation Automobile).
Exemple : "les métiers de la réparation évoluent mais ne changent pas sur leur principe." En revanche, comme sur toutes techniques innovantes, "on porte une attention particulière à la sécurité". Celle-ci est prise en compte dès la conception, pour que le véhicule soit aussi sûr qu’un véhicule habituel, quelles que soient les conditions d’usage. Toute intervention fait ainsi l’objet de procédures rigoureuses pour gérer l’énergie électrique comme on gère le carburant aujourd’hui.
Par ailleurs, la mise en place d’un réseau de bornes de recharge sur le territoire fait partie du nouveau puzzle à mettre en place. "Les compétences existent et la technologie est maîtrisée", affirme Arnaud Mora, pdg de DBT et Freshmile. Cette jeune société, chargée de déployer une infrastructure ad hoc en Alsace, s’apprête à lancer un recrutement de techniciens et d’informaticiens pour la maintenance et la gestion des installations. "C’est surtout dans le domaine du software, notamment les systèmes d’informations, qu’il y a beaucoup à faire et plein de nouvelles solutions à trouver pour répondre aux besoins futurs de mobilité."
