
Je dois tout d’abord avouer que je suis un fan du Segway. Je le trouve fantastique, une vraie leçon de design industriel condensée en moins de 50 kg de simplicité extrême. Et c’est précisément par sa masse totale que je souhaite commencer mon analyse.
24 fois plus léger qu’un utilitaire
Les trajets réalisés par un véhicule particulier se font la plupart du temps avec un seul et unique passager à son bord (plus de 2 occupants relevant de l’exotisme le plus total). Il paraît donc judicieux de comparer la masse d’un Segway à celle d’une petite voiture (servant de monoplace) qui avoisinerait les 1.200 kg. Le rapport de multiplication de masses entre les deux véhicules est ni plus ni moins de 24:1. Avec le Segway, il est possible d’avoir un mode de transport servant aux courts trajets et sorties en solo (les voitures de moyenne catégorie se prêtent généralement à ce type d’utilisation) qui nous permette de réduire la masse à déplacer de 90 %. Ce qui n’est pas rien.
Peut-être que je suis injuste, parce que le Segway n’a ni portes ni toit et que ses prestations peuvent difficilement être comparées avec un autre utilitaire. La question à se poser est donc double : est-ce que tout ce qui n’est pas indispensable au Segway l’est vraiment ? Est-il nécessaire de multiplier par 24 sa masse pour obtenir les caractéristiques suscitées ? Un Segway fait abstraction de la vitesse, de l’autonomie, de la carrosserie et de la capacité de charge en maintenant uniquement l’essence pure de la mobilité.
Démonstration :
Vitesse : nous parlons d’un véhicule pesant moins lourd que son passager et capable de le déplacer à 20 km/h, à une distance d’un peu plus de 30 km entre les recharges, couvrant le trajet maison-travail d’un pourcentage non négligeable de la population mondiale. La vitesse disparaît au bénéfice d’un trafic plus fluide et d’un mode de transport ludique, alors que l’autonomie est nettement suffisante pour couvrir un trajet urbain moyen.
Pour ce qui est de la carrosserie des voitures, celle-ci pourrait être infiniment plus légère si les voitures n’étaient pas conçues pour nous protéger des autres véhicules pesant eux aussi une tonne (revoilà la masse qui pointe le bout de son nez). Le Segway se substitue à tous ces kilos d’acier, de verre et de sièges, en recommandant juste de porter un casque et d’utiliser des vêtements de pluie en cas d’averse. Avec un véhicule aussi lent, la légèreté de la carrosserie (peut-être un simple panneau avant supérieur transparent) serait justifiée, tout au moins pour ne pas se mouiller sous la pluie. Et si d’aventure on voulait profiter d’une telle valeur ajoutée, il existe aujourd’hui des polymères de faible densité et bon marché qui n’ajouteraient que 20 kg… ce qui maintiendrait le Segway de nos rêves anti-pluie en dessous de 70 kg.
Une carrosserie légère a ses avantages
Mais cela va plus loin. Il se trouve que le manque de carrosserie présente des avantages non négligeables, comme la visibilité intégrale à 360°, la possibilité de tourner presque en rond, de circuler sur les trottoirs, d’entrer dans un bâtiment, un ascenseur, ou un escalator, de se garer juste à côté de son poste de travail… je n’ai jamais vu un utilitaire entrer dans un bureau, les moins gourmands occupent déjà un espace précieux de 9 m2, suffisant pour garer une vingtaine de Segway.
La première conclusion à tirer est que plus de 90 % de notre voiture est inutile et nous gêne presque pour aller au travail (coffre vide, places vides, zones de déformation, airbags, prétendeurs de ceinture pyrotechniques, barres latérales, puissance et taille du moteur non exploitées…).
Décidément, l’importance de la masse déplacée par un véhicule est telle, qu’elle mérite de s’y attarder.
Parlons maintenant de la simplicité d’utilisation qui va encore au-delà de la simplicité même. Combien de temps faut-il pour apprendre à circuler en Segway ? Mon expérience personnelle me fait dire qu’on n’apprend pas à conduire un Segway, on monte simplement et on y va. On peut apprendre à nager, à faire du vélo, à piloter un hélicoptère… mais circuler en Segway se résume à profiter d’un appareil auxiliaire magique qui vous aide à vous déplacer et qui est si intuitif que son fabricant n’hésite pas à le qualifier « d’instinctif ». Le plus étonnant est que cette facilité d’utilisation extrême repose sur un système complexe de capteurs, gyroscopes et logiciels épatants, qui est totalement transparent pour l’utilisateur. En comparaison, combien de temps et d’argent consacrons-nous au permis de conduire ?... et combien de personnes n’apprennent jamais à conduire ? Et un point en plus.
Durabilité : un Segway ne rejette rien dans l’atmosphère quand il roule. C’est un véhicule purement électrique qui tire son énergie du réseau et ses émissions sont par conséquent celles issues des systèmes de production électrique du pays dans lequel il se connecte. Nous essayons aujourd’hui de centraliser la production d’énergie, c’est à dire de multiplier les possibilités de faire des économies d’échelle, en laissant aux entreprises de production d’électricité le problème même de la production. L’alternative proposée est que chaque voiture dispose de son propre moteur à combustion, afin de transformer l’énergie chimique contenue dans un combustible fossile (non renouvelable) en mouvements ; mais l’efficience de ce processus dépend de chaque modèle de voiture et est limitée à un faible niveau par les lois de la thermodynamique, sans oublier les rejets d’émissions polluantes dans le centre des villes.
Une fois que l’énergie est dans notre réservoir ou notre batterie, la supériorité du moteur électrique comparé au moteur à combustion interne est telle qu’elle mérite elle aussi qu’on y consacre un peu de temps. Je pense d’ailleurs qu’il suffit ici de simplement imaginer une ville sans fumée, sans embouteillage ni bruit, sans mettre en avant d’autres considérations.
Une dernière réflexion
Le plus étonnant est de constater que, malgré tous ces avantages, ce mode de transport n’ait pour l’instant pas connu de véritable réussite commerciale. Comment expliquer cette contradiction ? Je pense que ses faibles ventes peuvent s’expliquer par deux raisons fondamentales : ses batteries et sa technologie sont chers et donc incompatibles avec le modèle urbain actuel. Les trottoirs ne sont pas toujours suffisamment larges et il peut être très dangereux de s’aventurer au milieu du trafic routier (comme une moto, mais en roulant beaucoup plus lentement).
Du coup, au final, on peut se demander si le Segway est une idée aussi bonne que ça. Je pense que oui, car la mauvaise idée est précisément de partir au travail dans une voiture vide pesant une tonne. Une fois que nous aurons adopté ce mode de transport, la logique n’aura plus sa place. Le Segway nous montre le chemin à suivre : simplicité, réduction de la masse et des composants, solutions de transport répondant aux besoins réels et une émission zéro émission.
Celui qui se trompe n’est pas le Segway mais bien le monde d’aujourd’hui.
Daniel Seijo, rédacteur en chef du blog www.tecmovia.com.
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Tecnomovia est une publication qui combine l'information sur les nouvelles technologies dans l'automobile avec la mobilité durable. Il s'agit d'un espace d'actualité et d'analyse concernant trois champs reliés à l'univers moteur : les voitures de nouvelle génération (électriques et hybrides), la technologie reliée à l'automobile (prototypes, gadgets, systèmes d'aide à la conduite), et la mobilité (la mobilité comme un service, la mobilité durable...)


Alex67
28 septembre 2011
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