
Plus particulièrement, la faible capacité et la lenteur de recharge des batteries supportent mal la comparaison avec les véhicules thermiques, dont le réapprovisionnement se fait en un clin d’œil.
Les opposants aux VE avancent souvent que l’autonomie de ce type de véhicule pose un véritable problème. Donnez-leur une voiture électrique capable de parcourir, disons, 150 km : ils ne prendront sûrement pas le risque de s’éloigner de chez eux de plus de 50 km, de peur de ne pouvoir revenir chez eux avec une batterie assez chargée. Cette crainte limiterait davantage l’usage des VE. Les défenseurs du VE opposeront à cet argument des statistiques sur la durée moyenne d’un trajet, ou des témoignages des « early adopters*» pour lesquels l’autonomie n’est en aucun cas un problème.
Un autre argument consiste à invoquer des exemples extrêmes. Et comment je fais pour relier les 650 km qui séparent Londres d’Edinbourg, vous diront les détracteurs du VE ?! Même le modèle entrée de gamme d’une voiture thermique peut le faire en huit heures, alors qu’une voiture électrique peut mettre plusieurs jours. Là encore, les supporters du VE balaieront l’argument en répondant qu’avec la recharge haute tension ultrarapide et un bon modèle de voiture électrique (sous-entendu, une Tesla Roadster), la durée du trajet d’un VE peut quasiment rivaliser avec celle d’un véhicule thermique.
Aucun de ces arguments ne peut supplanter les autres, ils sont tous futiles et sans intérêt, puisque malheureusement, tout le monde a raison. Le marché automobile n’est pas homogène et des utilisateurs différents ont des besoins différents. La question de l’autonomie du véhicule électrique restera, pour de nombreux automobilistes, un véritable problème. Pour certains, 150 km seront plus que suffisants. D’autres auront besoin de couvrir rapidement de longues distances ; pour d’autres encore, qu’importe l’autonomie du VE, puisqu’ils pourront toujours prendre l’avion, louer une voiture, prendre un train ou, pourquoi pas, rester chez eux.
Alors, prenons un peu de recul et essayons de tirer les enseignements d’un produit différent. Établissons des parallèles, en réfléchissant par exemple au succès phénoménal de l’iPhone d’Apple. Ce produit emblématique et sa technologie révolutionnaire ont complètement redessiné le marché, rares sont ceux qui le nieront. Pour autant, il est indéniable que Nokia a, de son côté, maintenu son cap. Tout le monde ne s’est pas tourné vers l’iPhone.
En Europe, l’année dernière l’iPhone représentait environ cinq pour cent des ventes de téléphones portables. (Notez que je fais ici référence aux téléphones mobiles en général ; les parts de marché sont différents si l’on se concentre sur le segment des « smartphones ».) Pour la majeure partie des nouveaux acquéreurs (19 sur 20), l’iPhone est trop cher, ou trop volumineux, trop voyant, trop tendance, trop compliqué ou tout simplement pas adapté (sans clavier), ou trop faible en autonomie. Nombreux sont les acheteurs qui ont très certainement été ravis d’avoir une nouvelle version d’un téléphone qu’ils possédaient déjà.
Pourtant, pour celui des 20 acheteurs qui a choisi un Iphone, le rapport coûts / avantages s’avère intéressant. Et 5 % du marché, en particulier dans le haut de gamme, cela représente toujours des profits importants.
Pour revenir aux VE, intéressons nous à la fraction d’automobilistes pour qui l’autonomie de leur voiture n’est pas un sujet. Beaucoup de gens ne font pas de longs trajets, mais ils sont difficiles à dénombrer. Je m’en tiendrai donc à une catégorie plus facile à quantifier, les gens pour lesquels l’autonomie d’un VE n’est pas un problème parce que leur ménage dispose d’une autre voiture.
Au Royaume Uni, là où j’habite il y a environ 27 millions de foyers. D’après les chiffres officiels, près d’un quart des ménages ne possède pas de voiture du tout, environ 45 % en compte une, et à peu près un quart est propriétaire de deux voitures – les 5 % restants disposant de trois voitures, voire plus. Faites le calcul, et vous verrez que sur les 31 millions d’automobiles au Royaume Uni, 61 % (soit 19 millions) d’entre elles sont des véhicules complémentaires.
Il devrait donc s’ensuivre qu’environ 61 % des nouvelles voitures seront achetées par des ménages ayant plusieurs véhicules. Le pourcentage véritable pourrait être plus élevé, car ces mêmes ménages ont tendance à être plus aisés et donc plus enclins à faire l’acquisition d’un nouveau modèle plutôt que d’un modèle d’occasion.
Près de deux millions de nouvelles voitures sont achetées chaque année au Royaume Uni, ce qui constitue un marché potentiel de 1,2 million d’acquéreurs – rien que pour cette année – qui sera prêt à utiliser le VE en complément pour de courtes distances.
Je ne dis pas pour autant que ces 1.200.000 acheteurs potentiels de l’année verront dans le VE la voiture de leurs rêves. Comme pour l’iPhone, certains le trouveront trop cher, ou pas assez cher, ou trop contraignant, trop lent, trop petit, encore trop mal connu, ou trop compliqué à recharger. Certains achèteront simplement la nouvelle version du modèle qu’ils ont déjà.
Mais il ne fait, selon moi, aucun doute que, sur ces ventes potentielles, les constructeurs de la nouvelle génération de VE – qui a de quoi se mesurer aux véhicules traditionnels en termes de design et d’esthétique – n’auront aucun mal à écouler leurs quotas. Nissan prévoit, par exemple, de vendre 2.000 Leaf cette année, rien qu’au Royaume Uni.
Et comme l’iPhone l’a démontré, il n’est pas nécessaire de convaincre tout le monde pour ébranler les fondations d’un marché bien établi. Un faible nombre fera l’affaire.
*Consommateurs de la première heure
Habitué de la blogosphère et de Twitter, Lem Bingley s’intéresse aux véhicules écologiques, aux voitures hybrides et électriques. Suivez ses billets sur www.greenmotor.co.uk ou twitter.com/greenmotor.


Thomas2c
20 juin 2011
http://www.youtube.com/user/thomas2c
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