
L’outil le plus adapté ici sera le vélo, sous toutes ses formes, et plus particulièrement le vélopartage. Pour la mobilité individuelle sur de courtes distances, le vélopartage s’avère la meilleure solution, même pour tous les férus de l’automobile que l’on compte aux États-Unis.
La troisième génération de vélopartage (et ses stations d’accueil électroniques et automatisées) a vu le jour à Washington, D.C. en août 2008, avec le programme Clear Channel SmartBikeDC. Le projet ne semblait pas pouvoir aller bien loin avec ses 160 vélos et 10 stations d’accueil, alors que la veille Europe connaissait un joli succès avec le Vélib’ à Paris et le Bicing à Barcelone. Tous deux reposaient sur un très grand nombre de stations réparties dans toute la ville et séparées les unes des autres de 300 mètres maximum. Dans ces programmes, chaque vélo était utilisé entre 6 et 10 fois par jour. SmartBikesDC en était bien loin : avec des stations disséminées un peu partout au hasard, les vélos n’étaient parfois utilisés qu’une fois par jour. Lorsqu’il devint indispensable de faire sortir les gens de leurs voitures, et de privilégier une mobilité plus durable, Washington, D.C. et les autres grandes villes américaines tirèrent les enseignements du programme SmartBikeDC.
C’est le 22 avril 2010, le Jour de la Terre, que choisit Denver, dans le Colorado, pour lancer Denver B-cycle, son programme de vélopartage. 50 stations prêtes à accueillir 500 vélos envahissent le centre de celle qu’on appelle Mile High City. En quelques jours, Denver Bike Sharing, l’organisme à but non lucratif qui gère le programme pour la ville, prit pleinement conscience du taux de fréquentation du deux-roues qui s’élevait alors à 3 par vélo et par jour. Denver B-cycle enregistra lors de la première saison quelque 103.000 trajets réalisés sur ses vélos rouges, malgré un léger recul dû à la neige en Décembre. Plus de 34.000 personnes adhérèrent au programme en souscrivant un abonnement à court et long terme. Une enquête révéla que 43,16 % des trajets réalisés par ses membres avaient remplacé des déplacements en voiture. Le 14 mars 2011, Denver B-cycle sortit de son hibernation (tel un ours des régions montagneuses du Colorado) pour une nouvelle saison. L’organisme espère concrétiser son succès et rester ouvert toute l’année.
Dans le Minnesota, Nice Ride conquit les rues de Minneapolis la première semaine de juin 2010. Là encore, les 65 stations prévues, et leurs 700 vélos, se concentrèrent dans le centre de la ville et aux alentours de l’Université du Minnesota. Nice Ride Minnesota, l’entreprise à but non lucratif gérant le système, planifia une première saison de cinq mois seulement, les hivers étant particulièrement rigoureux dans la région. Quelque 100.000 trajets sur les vélos verts furent comptabilisés pour cette courte période, et plus de 30.000 abonnements vendus (à court comme à long terme). Un sondage réalisé auprès des abonnés longue durée montra qu’environ 20 % des trajets en vélo remplaçaient la voiture tandis que 20 % se substituaient aux transports publics, bus et autres tramways. Le succès de la première saison fut confirmé par la participation d’investisseurs décidés à faire prendre de l’ampleur au projet. Une seconde phase prévoit davantage de stations et de vélos dans le nord de Minneapolis et dans St. Paul, sa ville « jumelle », se trouvant sur l’autre rive. Nice Ride prévoit cet élargissement à l’ouverture de la seconde saison, la première semaine d’avril 2011.
Retour à Washington où Capital Bike Share (Cabi) prit la relève de SmartBikesDC le 20 septembre 2010. Plus ambitieux, le nouveau programme démarra avec dix fois plus de vélos et de stations (respectivement 1.100 et 114) que l’ancien système. Pour la première fois dans la ville, les stations de vélos se trouvent là où les usagers souhaitent commencer ou terminer leur parcours. En l’espace de sept mois, les Cabi ont réalisé 202.000 trajets. Les souscriptions annuelles sont passées de 1.500 (du temps de SmartBikesDC) a presque 6.000. Le taux d’utilisation quotidien a presque triplé. Contrairement à l’ancien système qui s’accompagnait d’un contrat de mobilier urbain publicitaire, Capital Bike Share est la propriété du Secteur des Transports de Washington, D.C. et du Directoire de la circonscription d’Arlington, Virginie. Son exploitation est supervisée par Alta Bicycle Share, une tierce partie. Ce projet est le premier du genre à desservir plus d’une municipalité. D’autres communautés, situées à la périphérie de Washington, essayent déjà de faire venir Cabi jusque dans leurs rues. Le programme restera en opération tout au long de l’année.
Nouveau venu dans le monde du vélopartage, DecoBike n’a pas tardé à conquérir les plages de Miami Beach (en Floride). C’est sans doute parce que ses utilisateurs portent les maillots de bain les plus tendance de la planète que le programme a été baptisé le vélopartage le plus sexy du monde ! Lancé le 15 mars 2011, le taux d’utilisation de 10 par vélo rivalisait déjà, après seulement quelques jours, avec Dublin et Barcelone. DecoBike prévoit de passer à 1.000 vélos (soit 100 stations), après avoir commencé avec une flotte de 400 vélos et 50 stations. Le système est la propriété (privée) de DecoBike, LLC qui profite d’une concession à Miami Beach. Étant donné le nombre de résidents et les milliers de touristes qui saturent la ville, DecoBike peut déjà sentir le vent souffler en faveur du vélo.
Aux États-Unis, la popularité du vélopartage n’est donc plus à prouver. Il suffit de consulter la carte mondiale du vélopartage qui présente un état des programmes en exploitation ou prévus. Petites et grandes villes investissent, conçoivent et mettent en place des plans en faveur du vélopartage partout dans le pays. D’ici un an et demi, les villes de Boston, Baltimore, Boulder, Chattanooga, Chicago, Ft. Lauderdale, Honolulu, Manhattan Beach, Madison, Nashville, New York City, San Francisco et Seattle rejoindront Washington, D.C., Denver, Minneapolis, Miami Beach, Des Moines, et San Antonio. Les délégués aux transports et autres responsables de l’aménagement urbain ne s’y trompent pas : il n’est plus possible d’étendre le réseau de voies et de rues. Même aux États-Unis, la place manque. L’idée est maintenant de tirer le maximum du minimum et ils sont conscients du fait que le vélopartage est une forme durable de mobilité individuelle qui s’adapte au mieux à leurs rues. Les usagers peuvent se déplacer à travers leurs villes plus rapidement, réduisant le nombre de bouchons et la part d’émissions de CO2 produites. Sans compter que ce mode de transport est à la fois distrayant et bon pour les cuisses !
Photos : The Bike-sharing Blog
Statistiques : Sites web de programmes et interviews réalisées auprès d’opérateurs
Russell Meddin contribue au site The Bike-sharing Blog et à la Carte mondiale du vélopartage. Il a fondé Bike Share Philadelphia aux États-Unis.


Chistobald
21 juillet 2011
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