
Les sociologues et prospectivistes Bruno Marzloff et Daniel Kaplan parlent ainsi d’ « intelligence collective des mobilités » pour désigner ce phénomène. Cette participation des usagers à la construction et à la régulation des services de mobilité urbaine déborde les seuls transports en commun, et tend à devenir un enjeu majeur du futur du véhicule individuel.
De nouvelles pratiques émanant des automobilistes eux-mêmes
Les recherches qui s’intéressent à ces questions l’ont montré de longue date : l’automobile est moins un objet qu’un système, un dispositif, un réseau, qui met en relation des individus, des organisations, des infrastructures techniques, des normes juridiques, des technologies de communication et des politiques publiques. Or, ce système de l’auto-mobilité évolue sous l’impulsion de nouvelles pratiques émanant des automobilistes eux-mêmes. Les plateformes de covoiturage, d’autopartage ou de libre-service qui fleurissent sur le web et se déclinent en applications pour smartphones portent en elles une nouvelle approche du véhicule individuel. La voiture devient collective, se loue pour quelques heures, se partage pour un trajet. De l’objet que l’on possède, elle devient un service auquel on accède. Les valeurs d’autonomie, de liberté ou d’individualisme qui lui sont attachées s’effacent au profit de la création de nouveaux liens sociaux qui structurent des communautés urbaines. Symbole de la révolution industrielle, la voiture aborde, avec ces nouvelles pratiques, le virage de l’économie collaborative.
Vers une intelligence collective des mobilités
Le lancement de la voiture électrique semble être l’occasion pour les industriels de capter ces pratiques en les intégrant à de nouveaux services de mobilité : l’autopartage avec Twizy Way (Renault), la multimodalité avec Multicity (Citroën) ou le libre-service avec Mu (Peugeot), sans parler de l’Autolib’ à Paris et de ses nombreuses déclinaisons dans les régions françaises. Les enjeux de ce tournant de l’auto-mobilité sont l’objet d’un projet de recherche baptisé MEX-VEL, issu d’une collaboration entre le Centre de Sociologie de l’Innovation de l’Ecole des Mines de Paris et de l’Institut de la Mobilité durable. Ce projet, qui s’interroge sur la dimension expérimentale du marché du véhicule électrique, comprend notamment un volet sur l’intelligence collective des mobilités. Celui-ci vise à saisir les dynamiques qui président à la constitution et à l’organisation de ces collectifs d’usagers, et à la production de services reposant sur une approche participative et collaborative, portée par les nouveaux usages des technologies de l’information et de la communication.