
De ce point de vue, j’ai été particulièrement frappé il y a quelques mois de cela par une expérience vécue de « diagnostic mobilité ». J’avais certes une idée déjà bien arrêtée – sans doute comme la plupart de mes concitoyens - des meilleures solutions à mes problématiques de déplacement : parisien, résident d’un appartement dépourvu de parking, professionnellement domicilié dans le centre de Paris, mon choix de renoncer à l’automobile individuelle faisait sens au-delà de tout militantisme pro-vélo ou anti-voiture. Et d’ailleurs, le diagnostic rendu de mes déplacements domicile-travail et professionnels confortait totalement mes choix. J’ai toutefois été surpris, quand, en jouant avec des variables telles que des trajets domicile-école ou des portions de péri-urbain, j’ai vu réapparaitre, dans des situations bien particulières, l’automobile individuelle comme un choix adapté à certains besoins de mobilité. Et je dois confesser que le logiciel était dans le vrai puisque je n’ai pas renoncé à l’automobile, à laquelle j’ai très ponctuellement recours au moyen de la location ou de l’autopartage.
Mais pourquoi, en définitive, un tel résultat était-il possible ? Tout simplement parce que le logiciel visait un résultat à portée pratique, et que cette praticité était mesurée en coût au km parcouru, et ce dans un rapport au temps raisonnable, le but étant la destination et non pas le plaisir du voyage.
Le vélo, un moyen parmi d’autre ? Ni plus, et surtout pas moins…
Penser la mobilité selon un rapport temps, efficacité, économie est un paradigme certainement plus pérenne qu’un discours d’opposition, qui séduira certes une partie de la population mais éloignera du sujet la majorité, parce que justement présenté sous l’angle du clivage, de la crispation et en définitive de la paralysie. Objectiver une situation en parlant de rapport au temps, d’efficacité et d’économie, c’est aborder le sujet sous l’angle de la raison. Et, toutes choses égales par ailleurs, il est « raisonnable » d’envisager le vélo comme un moyen parmi d’autres au même titre que l’automobile, le scooter et le quadricycle électrique, le roller, les trottinettes, les services d’auto-partage… sans oublier bien entendu les transports en commun.
Le vélo, un moyen parmi d’autres ? Voilà un discours qui pourrait chagriner certains militants de la cause du vélo. Mais c’est très justement la conclusion à laquelle nous aimerions que les Pouvoirs publics arrivent, pour que le vélo bénéficie en toute logique et en toute raison, d’une attention égale et d’investissements proportionnés aux autres moyens de mobilité. Ni plus, et surtout pas moins… Pour le reste, la modération énergétique, l’évolution du paysage urbain et péri-urbain, la nécessaire décongestion des centres-villes et l’apaisement du vivre-ensemble opéreront une sélection naturelle dont le vélo en particulier sera un acteur essentiel.
Alors, certes, on pourra toujours entrer dans un débat d’expert sur la validité de certains partis-pris du « diagnostic mobilité », dont il n’existe d’ailleurs pas de modèle unique, débat auquel la plupart de nos concitoyens se sentira étranger, à juste titre. Alors certes, de convictions et de militants le vélo a besoin, car son rapport à la chose publique est encore en devenir et le Comité de promotion vélo y prend toute sa part. Mais mon autre conviction aujourd’hui, c’est qu’il ne faut pas opposer les moyens de la mobilité les uns aux autres, mais plutôt adopter le nouveau crédo de la mobilité qui consiste à partir du besoin pour définir le meilleur outil pour le satisfaire. Bref, penser usage avant moyen.